
Yann Kersalé
Contre l'ennui narcissique de l'art pour l'art qui, à peine sortie de l'atelier, est la proie plus ou moins consentante du musée, de la galerie ou de la collection privée, la nuit ouvre toutes grandes les portes d'un espace public souverain à qui veut tenter l'aventure. Il est réjouissant qu'au bout de ce siècle ténébreux, un artiste se soit levé, la tête dans les étoiles, le plaisir planté dans la démesure prométhéenne de la " lumière-matière ". Depuis plus de quinze ans, Yann Kersalé est cet homme en noir qui habite la nuit des mythes. Son Odyssée le conduit aux quatre coins du monde. C'est quand on croit ne plus rien voir qu'il y a le plus à regarder. Ce n'est pas le moment de dormir. Il faut rester en éveil avec le désir vif de chercher sans relâche une autre image derrière les apparences et tenir tête à l'illusion désenchantée de la profusion. Le peu de réalité de la nuit est une incomparable matière première. Indomptable, elle est à la mesure de cet artiste hors les murs. Yann Kersalé choisit de donner à voir la nuit dans la nuit. Sa " lumière-matière " s'abreuve aux sources industrieuses et frénétiques du jour pour inventer des rythmes, une chorégraphie, des élans comme des repos, une dynamique spécifique, le mouvement d'un espace-temps féerique dans l'entre-deux qui se dévoile à mi-chemin du rien et de l'éternité. Frappé par la grâce et dûment analysé, le temps que la journée a fait peser sur nos épaules est restitué, la nuit venue, avec une irrésistible légèreté.
Jean-Louis Pradel, Yann Kersalé, sculpteur de la nuit , 2003
Quelques unes de ses créations pour Baccarat :

